Je suis venue. Comme tous les mois. Je viens, j'ai une raison, une bonne. Mais qui dit que je n'en ai pas une autre?
Toujours le même plan, toujours les mêmes gestes. J'ouvre la porte, la petite cloche qui y est accrochée sonne. Tu te retournes et tu me posse la même question à chaque fois.
"Ah bonjour! Comme d'habitude?"
Je suis timide. Je l'ai toujours été, je ne pense pas pouvoir changer. J'ai toujours la tête mi-baissée, je sens que mes joues prennent une chaleur incroyable et une couleur écarlate. Ce sentiment étouffant et pourtant plaisant. "Oui". Ce mot si subtile que ma voix répète excessivement dans la vie. Dans ma vie. Après avoir répondu rapidement, je file m'assoir. Au moment où je m'installe, je suis face à moi même. Je me vois, je m'observe et je trouve tous ces défauts qui me rendent triste et complexée.
Le temps passe et j'entends le son de l'horloge, tic tac tic tac. Mes mains posées sur mes genoux, je m'agrippe à ma robe, je serre au point de la déchirer. C'est l'impatience.
Tes mouvements suivent un rythme musical que mon coeur ne peut décrire. De nouveau je regarde mon visage, c'est ce que je veux te faire croire. Mais à travers de cette glace je ne vois que toi et ta silhouette si fine, si gracieuse.
"Attends j'ai presque fini avec cette dame".
Oui j'attends. Cette intervalle de temps inoubliable, je te vois exercant ta passion. Ne serait-ce peut-être pas la grande et plus nobles des passions, mais je te regarde. Contemplation. Une forme de méditation engouffrante qu'on ne peut expliquer.
Perdue, dans mes questions interminables. Surtout au moment précis que je vois ton sourire, sincère, mélancolique et pourtant chaleureuse.
Tes ciseaux, argentés, brillants. Une élégance. Chaque rupture qu'ils entrainent, je vois ces fils tomber. Chaque mois, ils subissent la même chute. Mais la couleur est variante. Blonds, roux, bruns, chatains, blancs, noirs. Un arc en ciel peu banal est donc dessiné au sol. Sous tes pieds, sur tes chaussures se forment des traisses formées par ces fils.
Pas à pas, je te vois t'approcher, je coupe ma respiration pendant quelque secondes. Je me perds. Que dire? Que faire? Rien. Voici ma conclusion. Rien. C'est si simple, tellement simple que cette simplicité débordante me rend mal à l'aise. Nous sommes désormais seuls.
Tous deux face à ce miroir, tu me regardes à travers celui ci. Tu souris. Ta main sur mon épaule, tu caresse ma chevelure tendrement. Tes ciseaux, exercent son art sur moi. Avec délicatesse, je ne peux que sourire face à toi. Sentant ma paupière inférieur se remplir, une goutte s'écroule sur ma joue.
As tu vu? Elle est pour toi, elle tombe lentement. Traversant une vallée entière, descendant vers l'abysse. Tu y poses ta main, la sauvant de la chute fatale.
Tu la prend. Ton visage s'approche. C'est la première fois que tu es si près. Et de plus en plus près, tes yeux plongent dans les miens. Je ne comprend pas pourquoi ton regard est si dévoreur.
Ta respiration, cette chaleur intense je la sens.
Nos lèvres s'emmêlent. C'est cette danse, une valse qui nous emporte vers un monde lointain.
Mais toute histoire à une fin.
Face à ce geste, tu recules. Tu me regardes. Tu me dis que tu as fini. Que je peux partir.
Qu'essaye-tu de me dire? "C'est impossible." A voix basse, oui, mais je t'ai entendu.
Tu as dévié ton regard mais je l'ai vu. Tu t'éloingnes mais tu t'approches de mon âme.
Oui c'est l'impossible.
D'une voix tremblante un "merci" bref s'échappe de mes lèvres. Je ne sais si il t'a atteint... Je ne veux pas qu'il t'atteigne. Car ce mot clos notre histoire.
(...)
Je reprends donc mes gestes habituels.
J'ouvre la porte, toujours écoutant cette cloche sonner, le vent vif frôlent mes cheveux coiffés. Ce vent caresse mes larmes. La main sur la poignée d'orer, froide. Cette fois ci tu n'es pas venu saluer mon départ, tu restes les yeux sur moi. D'un air déçu. Te décois-je?
C'est impossible. Je vois maintenant, j'ai tenté l'impossible. Ceci reste impossible.
"Papa qui est-ce? Elle est si jolie."
Dos tourné vers toi, j'entends cette petite voix, si faible mais si belle.
Elle est là, cette petite, s'accrochant à ta main.
Je pars.
Car c'est impossible.
- L. Darling.
Illustraion par MiiFagFace. ©